Emile Grelier, la viticulture heureuse par des amoureux du vivant

Situé à Lapouyade au nord du Libournais, le Domaine Emile Grelier est au-delà d’un domaine viticole bio, un havre de paix et de nature où nichent Benoît et Delphine Vinet, ses créateurs.

Ici se mêle à la vigne, la vie au sens large et noble du terme. D’une part, parce que leurs terres accueillent un très grand nombre d’espèces végétales et animales. D’autre part, parce qu’il s’agit là d’une ferme familiale et collaborative où chacun est invité à apporter sa pierre à l’édifice. De la pure énergie ! Et il en faut pour porter un tel projet de vie, qui plus est quand on se lance dans l’aventure en couple avec 3 enfants !

C’est en effet la première chose qui nous a frappés en rencontrant Delphine et Benoît ! Chez Emile Grelier, la distinction entre travail et vie privée n’est pas franchement décelable car les deux sont étroitement liés et apportent leur lot de bonheur et d’instants précieux : des bambins qui courent prêts à cueillir des fruits qui se transformeront en confiture, des ateliers en plein air servant à créer des nichoirs où logeront les oiseaux, une maison ouverte sur l’extérieur qui n’en reste pas moins un véritable cocon. Et puis… on a aussi été touché en plein cœur par la vision humble que ces héros du quotidien portent sur leur histoire.

C’est qu’ici, nous raconte-t-on, tout a été créé de A à Z avec les mains et le cœur et avec pour seul héritage la connaissance du monde agricole (avec ses bons et mauvais côtés). Benoît ayant grandi dans une ferme bio et Delphine étant la fille d’un paysan charentais, ils savent ce qu’implique la création de leur domaine. D’ailleurs, c’est sans doute cette vision éclairée, d’un univers riche mais complexe, qui les a guidés et animés, les poussant à construire une nouvelle sorte de viticulture. Plus heureuse mais aussi plus respectueuse ! Et oh combien vertueuse !

On nous explique alors que dans les années 2000, à l’époque où la bio était encore très confidentielle, surtout dans le monde viticole, on les prenait presque pour des fous leur reprochant d’être trop utopistes ou pire totalement marginaux. C’est dire. Pourtant portés par l’amour et par leurs convictions, ils y ont cru ! Ils y ont même consacré leur vie, jusqu’à devenir une véritable référence aujourd’hui.

Il faut dire que leur démarche pour la préservation de l’environnement a de quoi être saluée ! Chez Emile Grelier, on ne fait pas simplement du vin, parce que même bio, la vigne reste une monoculture. Non, chez Emile Grelier, on préfère rétablir les équilibres environnementaux autour de la production viticole. Alors, on replante des arbres (plus de 570 !) et des haies champêtres, on cultive en permaculture, on accompagne le vignoble grâce aux plantes locales comme les orties, la valériane, la prêle… On invite aussi un grand nombre d’espèces animales pour qu’elles interagissent entre-elles, profitent à la vigne et à la nature plus globalement. Pour cela, on met en place des habitats adéquats comme des nichoirs pour les oiseaux, des gîtes pour les chauves-souris, des plaques pour les serpents, des hôtels pour les insectes, des marres pour les batraciens ou encore des cabanes pour les hérissons… Comme dans une colocation, on cohabite et c’est joyeux !

C’est donc naturellement que les amoureux Vinet travaillent de manière collaborative, en mutualisant avec d’autres, les savoirs et les mises en œuvre afin de mener des actions concrètes et tangibles. Pour se faire, ils se sont ainsi rapprochés de divers naturalistes, écologues et techniciens de l’environnement afin d’être accompagnés au mieux. Le domaine est, par exemple, le premier vignoble français à avoir signé une charte environnementale avec la LPO (ligue pour la protection des oiseaux). Il a également fait l’objet d’un plan d’études scientifiques intitulé Vitiforest durant 3 ans afin de mesurer l’impact des arbres en milieu viticole. Tel un laboratoire du vivant, Emile Grelier teste, apprend, développe et partage. Si bien que chaque action en entrainant une autre dans sa folle ronde, un cercle vertueux et sans fin s’instaure au service de la biodiversité.

C’est alors que la magie opère et qu’après tout cela (et seulement après), la vigne prend vie et donne le vin de qualité qu’est le leur ! Pour le cépage, Delphine et Benoît ont fait le choix
du 100% Merlot. Tandis que pour la vinification (qui se fait en cuve et avec des levures indigènes), ils ont opté pour une cave coopérative. Benoît nous explique que ce choix, qui leur a permis d’éviter un investissement lourd au départ, est désormais devenu bien plus que ça grâce aux rencontres et aux échanges qui s’y sont produits. Et les belles rencontres font partie intégrante de ce domaine. Ce sont elles qui, petit à petit, les ont amenés encore plus loin vers un nouveau chemin : celui de La Possiblerie.

« La Possiblerie », comme un gentil pied de nez à tous ceux qui n’y croyaient pas, est une aventure rurale collective dont ils sont les investigateurs. Un projet d’envergure initié par l’achat du château La Bardonne, une exploitation située à quelques mètres de chez eux et appartenant désormais à quelques 106 copropriétaires ! Leur souhait : réussir à faire revivre cette « ferme » autrement et surtout ensemble. Louant des espaces à différents acteurs locaux, qu’ils soient du milieu agricole, de l’artisanat ou du service, l’idée est de développer un projet commun autour de valeurs telles que la bienveillance, le développement durable, le zéro-déchet, l’entraide…

Un peu à la manière d’un coworking de campagne pour qu’elle reprenne vie et insuffle un nouveau souffle aux générations à venir.

Et comme c’est beau et vrai, il faut la conter cette histoire. Il faut l’expliquer cette démarche pour qu’elle porte ses fruits encore plus haut, encore plus loin. Alors, Delphine et Benoît se font aussi pédagogues et organisent divers évènements instructifs au sein de leur vignoble pour parler de leur philosophie et expliquer que Oui ! C’est possible ! Surtout quand on y croit vraiment et qu’on y travaille chaque jour. Cette volonté sans faille leur vaut d’ailleurs d’être finalistes aux Trophées de l’Excellence Bio. Chapeau !

Une chose est sûre, nous sommes repartis de Lapouyade, plus convaincus que jamais qu’ensemble on récolte ceux qu’on aime et que des acteurs aussi engagés que Benoît et Delphine nous permettront toujours de voir le verre à moitié plein! Encore une fois, cette rencontre pluvieuse (qui commence à devenir une habitude lors de nos visites) aura été une rencontre heureuse, pleine d’espoir pour demain. Merci qui? Merci la vie!

Petite anecdote de fin à savourer :

Emile Grelier était le nom du grand-père de Delphine, amoureux du vin. Le nom de la cuvée « Il court, il court » vendu chez Léopold, est quand à lui un hommage à sa grand-mère dont le nom de famille était Furet. Avec un vin pareil, on a de quoi avoir le sourire aux lèvres, non ?