Émile noël: L’amour de la bio en héritage

Il y a des histoires de famille qui ont une saveur particulière. Celle d’Emile Noël sent bon le sud et a le goût du travail bien fait depuis maintenant 4 générations. Voilà aujourd’hui 100 ans que l’entreprise œuvre pour la bio dans le « petit » village de Pont-Saint-Esprit entre Provence et Cévennes. 100 ans !
Léopold n’avait d’autre choix que d’aller à la rencontre de ces passionnés qui nous ont donné, non pas du grain à moudre mais, des graines à triturer !

Lors de notre visite chez Emile Noël, on peut dire que le ciel s’était chargé d’apporter de l’eau au moulin. Le soleil nous avait clairement fait faux bond, si bien qu’on aurait pu douter d’être arrivé dans le Gard, bien au sud pourtant ! Heureusement, l’accent chantant de certains (dont Jean-Jacques, réceptionniste au moulin) et l’accueil qu’on nous a réservé ce jour-là nous ont vite fait oublier le mauvais temps ! Car, s’il y a bien une chose qui transparait chez Emile Noël, c’est l’ambiance chaleureuse qu’il y règne. Bien qu’une petite centaine de collaborateurs (environ 80) travaillent sur le site de Pont-Saint-Esprit, chacun se connait : on se salue, on rit, on s’appelle par son prénom…
Bref, le caractère authentique et familial a su perdurer au-delà de la taille de l’entreprise !

Dès l’entrée, les membres de l’équipe sont mis à l’honneur par des portraits en noir et blanc qui trônent fièrement sur les murs. On nous présente aussi l’étiquette de la cuvée 2019 où le nom de tous les collaborateurs apparait.
On comprend alors que chaque maillon est essentiel pour faire tourner le désormais grand moulin qui presse (à froid) chaque année près de 3000 tonnes pour 35 huiles bio différentes !

Emile Noël & fils : la transmission d’un savoir et d’un nom

Il ne faut pourtant pas oublier que le moulin n’a pas toujours été grand !
Au début, l’histoire est celle d’un seul homme. Celle d’Emile Noël père, mou- linier qui a décidé d’utiliser les olives de son pays natal pour faire de l’huile. On est alors en 1920 et la bio à proprement parler n’existe pas. C’est après avoir donné naissance et vu grandir son moulin, que neuf ans plus tard, Emile Noël devient père pour la première fois. Arrive alors dans la famille, un petit garçon que sa femme et lui décident également d’appeler Emile. La relève est assurée et c’est tout naturellement (on peut le dire) que le fils, après des études techniques, décide de poursuivre l’aventure inspirée par son père !

EMILE NOËL, L’AMOUR DE LA BIO EN HÉRITAGE

Des aléas qui font prendre de la graine

Malheureusement en mars 56, une catastrophe s’abat sur la région et près de 90% des oliviers français sont détruits par le gel. Il lui faut rebondir ! Les olives ne sont plus. Soit ! Qu’à cela ne tienne, la région renferme d’autres trésors tels que les graines de colza et de tournesol qui inspirent à leur tour, Emile Noël fils. La diversification est lancée et permet ainsi au moulin de continuer à tourner. En parallèle, « l’héritier » de Pont-Saint-Esprit affirme son amour d’une agriculture saine et dénuée de pesticides. Un choix qu’il partage notamment avec ses amis du Larzac à qui il sert SA bio sur un plateau. Dix ans plus tard, la création officielle de l’entreprise a lieu et commence alors à ressembler davantage à celle qu’on connait aujourd’hui.

L’huile est embouteillée et vendue dans les maisons de régime, sortes de magasins bio spécialisés de l’époque. Quelques années après, en 1972, ce qui était déjà le cas depuis le début, devient concret aux yeux de tous. Emile Noël obtient le label Nature et Progrès qui lui vaut d’être la première huilerie à triturer (broyer) des graines biologiques en France. Il est alors soutenu par de nombreux professionnels de la santé qui reconnaissent les vertus nutritionnelles de ses produits. Normal nous direz-vous !

Le goût des voyages et des rencontres

Le maître-moulinier n’en est pas moins curieux et audacieux pour autant. Alors que ses produits ont su faire leur preuve, il décide à nouveau de se réinventer.
EMILE NOËL, L’AMOUR DE LA BIO EN HÉRITAGEIl crée alors une conserverie qui lui permet de mettre au point de nouveaux produits tels que des moutardes, tapenades… et triture de nouvelles graines. Les circuits de distribution évoluant rapidement, il décide de commercialiser ses produits exclusivement en magasins biologiques spécialisés. Preuve de son engagement inconditionnel pour la bio (qui lui aussi a perduré) !
Sa soif de découverte l’amène par la suite sur de nouveaux chemins, cette fois bien plus lointains que ceux de Pont-Saint-Esprit. Il partage alors avec son gendre, Gérard Garnier, le goût du voyage. L’envie d’avancer et de pour- suivre l’aventure mettent sur sa route d’autres cultures et l’amènent à créer en 1990 sa première filière d’approvisionnement au Mali autour du sésame. Au cœur du projet, Emile Noël place l’humain avant tout et noue donc des liens solides et durables avec les producteurs et les habitants sur place. Le fruit de cet engagement est récompensé par la certification bio-équitable bien méritée que l’entreprise (qu’il a déjà transmise à sa fille Annick) obtient en 2003.

Une page qui se tourne, une histoire qui se poursuit

En 2007, David Garnier, le fils d’Annick, petit-fils d’Emile devient directeur général sous l’œil ému de son grand-père qui s’en ira, quatre ans plus tard, rejoindre Emile Noël père aux pays des aïeux. Depuis l’aventure familiale se poursuit. David a repris totalement le flambeau et continue d’écrire les chapitres d’Emile Noël en veillant à conserver ce qui a fait toute son authenticité : la bio, la qualité, le respect, l’humain, la solidarité…

Equitable & solidaire, le projet des filières

C’est d’ailleurs par cette volonté que la fondation Emile Noël Mali a vu le jour en 2014. Employant aujourd’hui plus de 15 personnes, elle garantit des prix justes aux producteurs, s’engage sur les quantités (en achetant même en amont des récoltes !), finance des projets locaux… Une belle histoire dont Hervé et Bertrand, qui se rendent régulièrement sur place, nous ont parlé avec passion lors de notre venue.

Et ce n’est pas tout puisque que l’entreprise s’investit également aux côtés de l’association pour la Protection des Arbres Fertilitaires de l’Agroforesterie et la Foresterie sur place pour introduire des arbres dans les champs afin que les cultures se fassent autour d’eux. Un moyen d’éviter l’utilisation d’engrais coûteux et de pesticides chimiques nocifs pour la planète et les producteurs. C’est toujours pour des raisons éthiques que l’entreprise a également fait le choix de continuer à créer ses propres filières (Maroc, Turquie, Burkina Faso, Ghana…) qui lui permettent d’obtenir des produits de grande qualité tout en apportant un réel soutien aux producteurs. Elle s’est ainsi engagée aux côtés de l’association BIOPARTENAIRE® qui allie depuis 2002 des notions de commerce équitable, de contractualisation, de dialogue et de responsabilité sociétale et environnementale des entreprises.
Désormais, c’est en Guinée qu’Emile Noël continue sa quête en créant sa propre filière avocat. La volonté étant de laisser au maximum la valeur ajoutée aux producteurs, l’unité de production a été construite directement sur place, au cœur des cultures. L’huilerie Emile Noël Guinée regroupe ainsi 10 personnes au sein même du pays, et au plus proche des territoires de culture impliquant 5 villages guinéens et 150 producteurs sur leurs parcelles. L’objectif, nous dit-on, est de produire, d’ici 4 ans, 60 000 litres d’huile d’avocat biologique de qualité dans les meilleures conditions humaines. Un beau pari !

Bien sûr, le souhait de mettre en lumière le terroir français est tout aussi fort ! 12 cultures différentes de graines et fruits sont ainsi transformées en huiles bio. On y retrouve notamment l’olive, le tournesol, le lin, la noix, le soja, la carotte, la pâquerette, le millepertuis… Là aussi les relations avec les producteurs sont pérennes.
L’entreprise est bien sûr toujours aussi impliquée et ancrée localement à Pont- Saint-Esprit. Des petits aux plus gros bâtiments en passant par le magasin et le soutien aux évènements du coin, Emile Noël est bel et bien encore là ! Forcément une histoire qui dure depuis 100 ans, ça laisse des traces ! Cette année, des travaux sont prévus pour restaurer le vieux moulin qui aura vu grandir tour à tour Emile, Annick, David… Parce que oui, c’est aussi ça l’héritage de la bio, vivre au présent et penser à l’avenir en apprenant du passé ! Une belle leçon que celle que nous aura apprise ici Emile Noël, avec qui nous continuerons, aussi longtemps que possible, à conjuguer les valeurs de l’agriculture biologique. Et si on se donnait rendez-vous dans 100 ans ?