Maître composteur, tout un métier !

Questions à Jean-Jacques Fasquel

Le compostage est une manière de se reconnecter à la nature, de prendre conscience de ce que l’on mange, de rendre à la terre sa richesse. Bref de créer un cercle vertueux. Mais pour ça encore faut-il connaitre quelques règles simples. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Jean-Jacques Fasquel dont le métier n’est autre que Maître Composteur !

Jean-Jaques Fasquel maitre composteur

Photographie – Anne-Lore Mesange

Bonjour J,J. Le compost, il parait que vous êtes tombé dedans… Vous nous racontez comment on devient maître composteur ?

J.J. F. Il y a douze ans maintenant j’ai lancé le premier compost en pied d’immeuble de la capitale. Nous sommes désormais 80 foyers de mon immeuble à le faire. Je n’y connaissais rien ou si peu mais cela m’a tout de suite passionné. Je me suis alors formé et c’est devenu mon nouveau métier et mon activité principale petit à petit. C’est un vrai métier référencé au Répertoire Nationale des Certifications Professionnelles. La formation dure 12 jours.

C’est quoi la recette d’un bon compost ?

J.J. F. Les trois règles de base sont simples. La première, souvent oubliée et pourtant primordiale, est d’équilibrer vos apports de déchets alimentaires (verts, mous et humide) par de la matière brune, dure et sèche (des feuilles mortes ou encore mieux du broyat – du bois broyé). La deuxième est d’oxygéner l’ensemble en aérant régulièrement le contenu du bac avec un outil (fourche, griffe à main, …). La dernière est de maintenir un bon taux d’humidité mais attention nos déchets alimentaires en sont gorgés donc pas de consigne d’arrosage systématique, uniquement en cas de dessèchement. Par ailleurs plus vous couperez en petits morceaux et plus rapidement se fera la décomposition.

On entend souvent qu’avoir un compost « c’est trop galère », « ça pue»… C’est si difficile ?

J.J. F. Entasser ses déchets alimentaires au fond du jardin ne fait pas un compost mais un pourrissoir alors qu’un compost bien mené, c’est à dire en respectant les consignes que l’on vient de donner, ne sent pas et produit un compost de qualité. Celui qui veut trouve une solution, celui qui ne veut pas trouve une excuse… Ainsi cela ne doit pas être une corvée, il faut s’intéresser à cette magie de la nature et aux détritivores qui travaillent dans  votre composteur.

On a le droit de tout mettre dans son compost ? Quid des agrumes ? Du marc de café ? etc.

J.J. F. Dans l’absolu tout ce qui est issu du vivant peut se composter donc oui aux agrumes, aux noyaux, aux coques, aux oignons,… Pour la viande, le poisson, le fromage et le pain je recommande de les composter quand on maîtrise bien le processus. Néanmoins en collectif en ville on suit les consignes de sa collectivité qui souvent les exclue par peur, non fondée d’ailleurs, d’attirer les rongeurs ou de générer des odeurs un peu plus fortes.

 On obtient quoi au final et qu’est-ce qu’on en fait ?

J.J. F. Le compost est le nom du produit qu’on obtient au bout de quelques mois (un an en compostage domestique, 8/9 mois en compostage partagé). C’est un amendement qui va améliorer les qualités physiques chimiques et biologiques du sol et un fertilisant naturel. On en étale quelques centimètres au sol, on donne un coup de griffe et les nutriments vont percoler dans le sol avec la pluie. On peut aussi en utiliser pour ses semis (1/3 de compost pour 2/3 de terre).

Comment fait-on sans extérieur ? Quelles sont les différentes possibilités qui s’offrent à nous pour composter ?

J.J. F. Quand on n’a pas la chance d’avoir un jardin individuel, on peut se lancer dans le lombricompostage (technique de compostage hors sol dans un lombricomposteur composé de différents
plateaux empilés sur un réservoir) ou alors on rejoint le programme de compostage partagé au pied de son immeuble ou de son quartier. Et si tout cela n’est pas possible on déposera ses biodéchets dans les
bacs marrons dédiés à la collecte sélective de ces déchets alimentaires qui commencent à se mettre en place en complément du compostage de proximité.


Bon à savoir pour devenir un bon composteur !

Au sol

Un compost extérieur doit être placé directement sur la terre pour permettre aux organismes vivants de s’y inviter et d’assurer une décomposition plus rapide !

Réutiliser, c’est mieux !

Plutôt que de composter vos déchets de jardin (comme la tonte) utilisez-les en paillage après les avoir broyés. Un sol ne devrait jamais rester nu, c’est la base du jardinage au naturel.

Le bon équilibre

Évitez de placer votre compost dans un endroit trop ensoleillé car le soleil le dessèche trop et ralentit la transformation des déchets. De même, vous devez veillez à ce que le niveau d’humidité soit bon : ni trop, ni pas assez. Si vous n’arrivez pas à faire une boule en pressant une poignée dans vos mains c’est qu’il est trop sec et si au contraire du liquide coule, c’est qu’il est trop humide. Dans le premier cas, il vous faudra l’arroser alors que dans le second ajouter de la matière sèche comme des feuilles. Enfin pour aérer le compost, veillez aussi à le retourner de temps en temps !

Pour en savoir +  sur le compostage et sur Jean-Jaques Fasquel, maitre composteur :

Composter en ville, le recyclage des biodéchets pour tout et partout aux éditions Rustica
http://www.compostory.fr/

composter en ville